« L'homosexuel ou la difficulté de s'exprimer » de Copi / Note d'intention

 

 

« Le rire est un spasme respiratoire qui nous permet de ne pas mourir de contradictions »

                                                                                                                                     Novarina

 

 

Copi nous fait rire. Il nous trouble aussi, codes sociaux renversés, bousculés : qu’est-ce qu’être homme, femme ?

 

« L’homosexuel ou la difficulté de s’exprimer » est avant tout un questionnement sur la notion d’identité, incluant tout ce qu’il peut y avoir de contradictoire dans cette notion. L’auteur met en scène des personnages hybrides, entre homme et femme. Des individus déportés, isolés, déracinés, exilés, bannis, des prisonniers en liberté surveillée enfermés dans leurs propres névroses.

 

Dans cette comédie on retrouve Tchékhov, notamment « Les trois sœurs ». L’auteur retrace le parcours de trois transsexuelles vivant dans un goulag en Sibérie, sous le régime communiste, qui tenteront de s’échapper en Chine, vers un autre régime communiste, celui de Mao Zedong.

 

En situant métaphoriquement ces êtres dans ces « camps deconcentration » Copi projette l’être humain au plus profond de ses questionnements, il dépeint une société rétrograde qui fait considérablement écho à celle qui est la nôtre. Le goulag représentait et représente encore aujourd’hui une métaphore de la condition homosexuelle. Parallèlement cette pièce propose une réflexion autour des déportations massives de peuples entiers et d’opposants réels ou supposés qui ont existé dans les goulags jusque dans les années ‘80 en URSS.

 

Mais ici c’est une comédie ! On rit ! La fine plume de Copi offre un enchaînement de situations rocambolesques exprimées avec un humour provocateur nous entraînant aussitôt dans un univers délirant et poétique.

 

Cette pièce questionne : Sommes-nous capables de devenir une société moderne, tolérante, et comment faire pour y parvenir ? Ce questionnement montre à quel point nous avons peu mûri, malgré nos avances culturelles et technologiques, nos succès économiques. La position intolérante et nuisible des religions à ce sujet est un exemple parmi d’autres.

 

L’importance actuelle de parler d’homosexualité

 

Non, les homosexuels ne jouissent pas des mêmes droits que les hétérosexuels, ils sont encore souvent pointés du doigt, suscitent des sourires ironiques, du mépris parfois. Ils sont encore taxés d’ignorer les mœurs sexuelles respectables ou conventionnelles, alors qu’il s’agit en réalité d’une autre manière de vivre sa sexualité, d’un autre désir, d’une autre attirance physique.

Il est curieux de constater que les métropoles attirent les homosexuels, sans doute pour des raisons de commodité personnelle, à cause des possibilités qu’elles offrent de disparaître dans la foule, de passer inaperçu et de faire des rencontres à l’abri des commérages.

Il reste à l’égard des homosexuels une attitude répressive que l’on peut qualifier de xénophobe venant d’une grande partie de la société.

Si l’homosexualité est aujourd’hui tolérée, elle n’est pas acceptée, même si dans certains pays, peu nombreux (la Belgique en est un exemple), le mariage gay est légal.

Le mariage pour tous. Tous les hommes sont égaux en droits, et vouloir faire des homosexuels une sous-classification, une espèce de sous-société, c’est leur enlever une partie de leurs droits.

Certains classent encore l’homosexualité comme une perversité, une déviance: sexualité contre nature.

Pas question de couples gay enlacés dans les espaces publics.

Il est à noter que c’est seulement en 1990 que l’Organisation Mondiale de la Santé retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales.

 

L’importance de parler du goulag

 

Le goulag est en chacun de nous.

Chacun de nous se trouve un jour ou l’autre victime d’une multiplicité de problèmes personnels et la certitude que personne ne peut l’aider, le comprendre, d’où la difficulté de s’exprimer.

Isolement, éloignement, état de misère physique ou morale, la névrose est en chacun de nous toujours présente, même lorsqu'elle est consciente.

Au goulag : on est mis à part, on appartient aux catégories de personnes qu’il faut éloigner, déporter.

De nos jours, poussés par la faim et la misère, des hommes, des femmes et des enfants sont obligés de travailler dans des conditions inhumaines : goulags modernes. Il n’est pas question ici d’opinions politiques mais bien de survie.

 

 

Andrés Cifuentes

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