« Hippolyte » Libre adaptation d’après Euripide et Sénèque / Note d’intention

 

 

Nous avons voulu créer une adaptation personnelle que le public puisse comprendre sans avoir besoin de connaître le texte original ou le mythe. Notre démarche ambitieuse a été de lire différentes sources du mythe, d’analyser, de réunir et de trouver une cohérence. Elle s’inspire principalement de « Hippolyte » d’Euripide, de « Hippolyte » de Sénèque, de « L’amour de Phèdre » de Sarah Kane et de « Hippolyte et Aricie » de Rameau.

 

Les piliers thématiques sont : la nature même de l’homme, la destruction emblématique du père par le fils, l’être humain pris au piège, le rôle du libre arbitre dans l’acceptation d’un destin tragique. La source de la décadence de cette famille royale est la rencontre impossible des êtres humains au centre d’un univers dominé par le vide, l’hypocrisie et le chaos. Ce fondement est accentué par l’appartenance d’une part d’Hippolyte au monde de la nature et d’autre part de Thésée et sa femme à la civilisation. Les héros sont dominés par eux-mêmes, le moteur de leurs actes est le destin intériorisé.

 

Hippolyte est un anti-héros, un idéal d’honnêteté, même si celle-ci s’exprime à travers une cruauté inouïe. Il est un personnage déconcertant voué à son propre anéantissement, dont le comportement s’apparente à une atteinte contre la royauté, contre la civilisation, contre toutes les normes, contre son père.

 

La question de l’inceste que sous-entend l’amour de Phèdre pour Hippolyte et qui est le signe d’un bouleversement total de l’ordre des hiérarchies morales, est aussi au centre de cette création. Phèdre dominée par cette passion irrésistible commet des crimes, des actes commandés par son inconscient. Elle vit dans la culpabilité, le péché. Le libre arbitre pour elle est ponctuel et apparaît à certains moments.

 

Notre démarche s’écarte du mythe dans la mesure où elle supplante tous les dieux grecs, décors et pensées des différentes époques dont cette adaptation s’inspire, tout en gardant présent un sens unificateur tragédien. Il s’agit donc de Dieu et non pas des dieux, le lieu où l’action se déroule n’est pas mentionné, les femmes présentées par Hippolyte comme « une race damnée » sont substituées par la dissection d’une sensibilité nihiliste.

 

Ce spectacle présente une grande équipe de comédiens, qui souhaitent interroger le spectateur, l’atteindre s’il le souhaite, à travers le miroir scénique au plus intime de lui-même. Nous proposons un dialogue avec le spectateur. Cette pièce nous renvoie à des questions personnelles, spirituelles et culturelles.

 

 

Andrés Cifuentes

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