« Nationale 4 » projet théâtre-cinéma / Note d’intention

 

 

Nationale 4 est l’aboutissement de nos recherches autour des écrits "Dramaturgie de l’espace" du dramaturge chilien Ramon Griffero. La dramaturgie de l’espace est une étude de la poétique de l’espace scénique associée à une étude de la poétique des textes. L’espace inclut les corps des comédiens, la lumière, la scénographie, le décor… tous les codes du langage scénique. Le texte littéraire inclut la musique des paroles, les sons et les sens des mots, c'est le support linguistique de la représentation. Dans notre spectacle le texte passe par une écriture collective où nous explorons la question des travailleurs du sexe masculins.

 

Nous menons une recherche autour de l’espace scénique. L’art scénique en tant que narration dans un espace, est directement lié à la notion de rectangle, qui est le format universel de narration. Le rectangle est le format historique de la peinture, du cinéma, de la photographie, de la télévision et des scènes de théâtre, c’est le lieu d’un langage à partir duquel nous faisons la composition du regard, il prédétermine notre champ visuel et la perception de notre espèce humaine. Cependant, l’espace à l’intérieur d’un rectangle est un lieu abstrait donc n’implique pas, en soi, un modèle de "comment faire", il est une feuille blanche ou le viseur d’une caméra, il est une base pour la construction d’un langage ou d’un discours. Tout espace a des connotations sociales, politiques et émotives. Dans ces espaces nous nous questionnons, nous les traversons. Ici les espaces ne sont pas tous sur scène, nous sollicitons aussi l’arrière-scène et les espaces publics.

 

Pour la création textuelle nous sommes allés à la rencontre de prostitués indépendants sur internet, dans la rue ou via des associations. Ils nous ont raconté des histoires, il y a eu un échange. La prostitution a évolué avec la technologie. Sur internet on la retrouve dans des sites webs consacrés à des massages tantriques. Dans certaines villes, les saunas gays ou bi, les cinémas porno et les bars avec backrooms offrent une discrétion suffisante pour les prostitués et leurs clients. Le Parc de Bruxelles est connu pour être un lieu de rencontres entre homosexuels, certaines de ces rencontres étant tarifées.

 

Notre but est bien de parler d’une thématique méconnue et taboue. La prostitution est une perspective singulière sur le monde, sur la société, ne pas en parler c’est ne pas prendre en compte une perspective sur nous-mêmes. Nous sommes dans le questionnement. Le théâtre ne doit pas donner des réponses, il doit mettre en question. Nous, on espère que les spectateurs sortiront de la représentation avec un peu moins de clichés.

 

Dans notre projet nous abordons la scène en utilisant la vidéo qui nous permet de capter les détails infimes, difficilement accessibles avec la distance physique du théâtre·; nous sortons du lieu matériel théâtral pour projeter les images en live et en différé·; nous intégrons l’écriture cinématographique (ellipses, plans, séquences, etc.) pour nourrir la narration spatiale, ici l’auteur de théâtre a la possibilité d’écrire pour la scène comme le scénariste.

 

Nous essayons de créer des champs d’explorations qui frôlent les limites : réalité-fiction, théâtre-cinéma. Nous situons notre recherche dans un présent actif en lien avec les actualités du moment où notre collectif tente un dialogue expérimental et sensitif avec le spectateur.

 

 

La Centrale - collectif

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