« 4.48 Psychose » de Sarah Kane / Note d'intention

 

 

Pièce ou plutôt poème car Sarah Kane, en écrivant ce texte, voulait découvrir comment un poème pouvait quand même être théâtral.

 

4.48 Psychose est une réponse cinglante à tous les "malcomprenants" qui considèrent encore la dépression comme une auto-complaisance dont les victimes seraient les coupables.

 

Dans cette création nous visons à concrétiser les derniers jours de vie d’une personne, qui dans une logique de suicide conserve une position existentielle cohérente jusqu’au bout de sa vie. Nous tentons de préserver la fragilité du propos de Sarah Kane en empêchant toute position moralisatrice.

 

4.48 Psychose peut être considérée, selon les propres termes de Sarah Kane, comme "une dépression chaotique", "une structure apparemment brisée et schizophrénique qui présente un matériau sans commentaire et demande au public de se fabriquer sa propre réponse".

 

Comme elle le dit elle-même, cette pièce parle du désespoir et du suicide. Et la raison, dit-elle, c’est qu’elle l’a écrite à un moment où elle était totalement désespérée.

 

Ici le rythme prédomine sur le sens. Pour ses deux dernières œuvres Manque et 4.48 Psychose, il semble que l’auteure ait senti le rythme de l’œuvre avant de savoir quoi écrire. Grâce au rythme et à la composition – le choix des mots donc des sons – quand le sens arrive c’est plusieurs sens à la fois. Dans l’économie de chaque ligne est dissimulé un dispositif concentré assez semblable à un explosif. Grâce a une stricte économie de la langue.

 

C’est un peu une révolution, une révolte contre l’inflation du sens, contre une vision étroite – abusive – de la notion de sens.

 

C’est une indication, en tout cas, sur comment lire, comment écouter, comment finalement appréhender l’absolue nouveauté de cette écriture qui fait entendre, mêlée aux cris qui se font en nous, l’écho des cris stridents du monde.

 

C’est simple parce qu’immédiat.

 

Nous proposons un dialogue avec le spectateur. Cette pièce nous renvoie à des questions personnelles, spirituelles, culturelles, que l’on soit athée ou croyant ; croyant en l’énigme de la fin de la vie, en la vie aussi fut-elle souffrante.

 

 

Andrés Cifuentes

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